Elle parlait d’un projet depuis vingt minutes. Un truc qui l’animait vraiment, ça se voyait. Regard éclatant, sourire jusqu’aux oreilles. Et, en plein milieu d’une phrase, elle s’est stoppée net.
« Enfin bon. C’est sûrement une lubie. »
Personne ne lui avait coupé la parole.
Elle l’avait fait toute seule.
Ce n’était pas la première fois que j’entendais ça. Jamais la même femme. Jamais la même histoire. Mais toujours le même réflexe : minimiser une envie avant même de lui laisser une chance d’exister. Se refuser la permission de prendre soin de soi, de ses envies, de ses besoins, de ce qui insiste.
« Ce n’est pas le bon moment. », « On verra plus tard. », « Quand les enfants seront plus grands. », « Quand le travail sera moins chargé. »… À force de se raconter ces histoires, on finit par les prendre pour des évidences.
Il devient normal de passer après. Normal de tenir. Normal d’attendre. Normal de ne plus très bien savoir ce qu’on veut. Normal de faire du repos une récompense, du plaisir un bonus, de son corps un sujet à corriger plutôt qu’un endroit à habiter.
Le plus troublant n’est pas qu’on s’oublie.
C’est qu’on finit par croire que c’est exactement ce qu’une adulte responsable est censée faire.
Et, sans vraiment s’en rendre compte, on commence à vivre en périphérie de sa propre vie.
Le bien-être est devenu un projet à optimiser.
On n’a jamais autant parlé de bien-être féminin : livres, podcasts, comptes Insta, vidéos TikTok, retraites, journaux, apps.
Et pourtant, combien d’entre nous n’arrivent toujours pas à s’accorder une heure sans culpabiliser ?
Paradoxal ?
Moi, j’y vois plutôt beaucoup de cohérence.
À force de parler du bien-être comme d’un projet à optimiser, on a fini par lui appliquer les mêmes règles qu’au reste : faire mieux, faire plus, faire correctement. Selon les données de l’INSEE sur l’emploi du temps, les femmes disposent en moyenne de 45 minutes de temps libre en moins que les hommes chaque jour et quand elles s’arrêtent, elles ne s’arrêtent pas vraiment.
Comme si prendre soin de soi était une compétence.
Comme si le problème était qu’on ne savait pas faire.
Alors que, bien souvent, ce qui manque n’est pas de savoir quoi faire.
On ne manque pas de conseils.
On manque de permission de prendre soin de soi.
La permission de ralentir. De ressentir. De changer d’avis. De prendre une envie au sérieux avant de lui demander si elle est raisonnable.
Ce qu’est Lubee.
C’est de cette question qu’est née Lubee.
Pas avec l’idée d’inventer une nouvelle méthode. Ni d’ajouter un contenu de plus à tous ceux qui existent déjà.
Mais plutôt avec l’envie de créer un espace où l’on puisse regarder autrement ce qu’on a appris à considérer comme secondaire.
Une envie qui revient. Une fatigue qu’on banalise. Un besoin qu’on minimise. Un plaisir qu’on remet à plus tard parce qu’il ne paraît ni assez utile, ni assez urgent, ni assez raisonnable.
Lubee n’est pas une promesse de transformation.
C’est une invitation à explorer. À se donner la permission de prendre soin de soi. Pas comme une tâche à cocher, mais comme un endroit où revenir.
À faire une place à ce qui insiste, au lieu de le faire taire.
Parce que certaines envies reviennent.
Encore.
Et encore.
Peut-être parce qu’elles n’ont jamais été des lubies.
Peut-être parce qu’elles attendaient simplement qu’on leur fasse enfin une place.
Lubee. Pas une lubie.